Thibaud Duthoit – « Le jour où j’ai quitté l’école d’infirmier, je me suis mis en tête de ne plus jamais faire ce que les autres pensent bon pour moi ».

Aujourd’hui, on part à la rencontre de Thibaud Duthoit ! Un ancien du paramédical devenu dev. Je trouve son parcours intéressant, dans la mesure où Thibaud a su gardé son choix premier qui été d’être utile aux autres, avec son empathie naturelle, en l’important dans la tech.

On croit souvent que la reconversion c’est juste être instable, alors que non. C’est souvent voir la vie comme un grand puzzle en fouillis, on l’on cherche juste à mettre les pièces dans le bon ordre. Thibaud a su créer son propre puzzle ordonné sans trahir sa personnalité.

De plus, si jamais vous aussi, vous êtes issu du milieu médical/paramédical et que vous souhaitez devenir dev, c’est le moment de vous inspirer !

Je vous laisse le découvrir, bonne lecture !

Marcy.

 

  • Marcy : Bonjour Thibaud ! Alors, qu’est-ce qui t’a motivé·e à te reconvertir ? 

Thibaud Duthoit : Avant, j’étais dans le paramédical et j’ai fait des études d’infirmier. Ce qui m’avait poussé à me lancer dans cette voie, c’était le relationnel, le côté humain et utile. Mais je me suis vite rendu compte que le tri des médicaments et les conditions de travail trop souvent précaires n’allaient pas m’amener loin là-dedans. Et puis j’ai un tempérament trop volatile et indépendant pour rentrer dans le moule des équipes.

J’ai tout laissé tomber en 3ème année et j’ai passé 2 ans à faire divers petits boulots pour vivre et chercher ma voie : restauration, viticulture, musique. Mais non, rien n’y fait. Je ne trouve rien qui me plaise vraiment. J’avais pour idéal de faire un job qui ne me donne pas l’impression de travailler. Quelque chose qui me procure de la joie, j’hésitais à lancer une boite pour être à mon compte, mais je n’avais aucune idée de quoi lancer comme activité.

Et puis, complètement par hasard, je tombe sur le Site du Zéro (aujourd’hui OpenClassrooms). Et je découvre qu’ils apprennent à réaliser un site web facilement. Sur le coup, j’ai suivi le cours sur HTML et CSS uniquement pour réaliser le site d’une association (où j’étais au conseil d’administration).

Et j’ai pris beaucoup de plaisir à apprendre et à réaliser ce petit site. En fait, avec le recul, il y a 2 choses que j’aime par-dessus tout dans mon travail : apprendre et construire des choses de qualité. Et le Site du Zéro m’a permis d’expérimenter ça alors que je n’y connaissais absolument rien. Pour le coup, merci Mathieu Nebra (le fondateur du Site du Zéro/Openclass Room) !

Suite à cette réalisation, je me suis mis en tête que je pouvais me reconvertir là-dedans, et j’ai commencé un BTS SIO via le CNED pour commencer à avoir un cursus dans ce métier.

 

  • M.C : Comment l’a vécu ton entourage ? (ou comment ton entourage perçoit ton travail)

 

T.D : Le jour où j’ai quitté l’école d’infirmier, je me suis mis en tête de ne plus jamais faire ce que les autres pensent bon pour moi. Mes amis et ma famille m’ont quasiment tous déconseillé d’abandonner mes études comme ça, surtout que je n’avais pas d’idée précise de ce que j’allais faire ensuite. Et je ne leur en veux pas, ce n’est pas très politiquement correct d’encourager ce genre de choses.

Donc l’avis des autres sur ma reconversion en dev, ça me passait complètement au-dessus de la tête ! Une seule exception : ma femme, qui m’a toujours soutenue malgré ce que ça pouvait impliquer sur nos finances et notre vie en général. Là où j’habite (en Ardèche), il n’y a pas trop de boulot en tant que dev; et on n’avait pas envie de partir. Elle a donc fait preuve d’une énorme confiance alors que je plongeais la bouche en cœur vers l’inconnu.

Mais je savais au fond que c’était ce que je voulais faire, peu importe comment. Et je n’aurais jamais imaginé en vrai que ça m’amène là où j’en suis aujourd’hui. Si je ressors mes objectifs que je m’étais donnés il y a 7 ans, je voulais juste en vivre avec un SMIC sans plus d’ambitions !

Ensuite, quand je me suis lancé en tant que créateur de sites web indépendant (sur des commerces locaux), à chaque fois que je disais à mon entourage que je crée des sites, ils me racontaient tous qu’ils avaient un problème sur leur ordinateur et qu’ils voulaient que je regarde ! C’est arrivé tellement souvent que j’ai hésité à un moment à dire aux gens que je répare des ordinateurs pour qu’ils me commandent des sites, haha !

Aujourd’hui, c’est très difficile d’expliquer aux gens ce que je fais réellement (artisan développeur front-end spécialisé en React). Du coup, selon le public, je dis que je suis dans l’informatique ou que je fais des sites.

 

  • M.C : En tires-tu une satisfaction personnelle ?

T.D : Ha ha, oui beaucoup ! Mais je fais très attention à ne pas trop le laisser transparaître. Je me connais et je sais que je peux devenir arrogant si je ne fais pas attention.

Mais je suis vraiment content de là où j’en suis actuellement. Je m’éclate toujours plus chaque jour dans mon taf, même s’il y a des bas aussi, tout n’est jamais rose. Je continue d’explorer des pistes, d’étendre ma culture du web et de l’entrepreneuriat. Financièrement c’est au-delà de ce que j’imaginais pouvoir gagner quand je me suis lancé.

Mais il y a aussi une grande part de chance et de contexte favorable. Nous les devs, on est plutôt privilégiés sur le marché de l’emploi et du freelance. Je fais très attention à ne pas rentrer dans la mentalité du style « quand on veut, on peut » (je pense plutôt que l’inverse est vrai, c’est quand on le peut qu’on finit par le vouloir vraiment) et d’être moralisateur vis-à-vis de ceux qui ont du mal à trouver leur voie ou à gagner leur croûte.

Et puis aujourd’hui ça roule, autant demain le vent tourne. J’ai « réussi » selon mes propres critères, mais je reste largement dans la moyenne de ce que fait un dev front freelance, et j’ai des amis qui s’en sortent au moins 2 ou 3 fois mieux. 

Donc oui, super content de là où j’en suis, et content aussi de voir qu’il existe encore  une marge de progression !

 

  • M.C : Prends-tu ça comme un challenge ou une opportunité (ou les deux) ?

T.D : Quand je me suis lancé, c’était clairement un challenge. Il n’y avait pas trop d’opportunités dans ce secteur. J’ai dû les créer en faisant littéralement du porte-à-porte ! Après, j’avais l’intime conviction que j’allais y arriver, je ne savais juste pas comment ni par quel chemin. Les opportunités ont émergé au fur et à mesure que j’avançais.

 

  • MC : Comment ton projet pro se définit-il ?

T.D : C’est la question qui tue pour moi. Je suis incapable de dresser un projet pro bien défini. Il y a énormément de sujets qui me plaisent, et je dois continuellement me recentrer pour savoir vers où je veux aller. Ça change tout le temps ! Il m’arrive de faire des plans, d’étudier une niche, un autre mode de business (surtout pendant les périodes creuses). Mais au final, je suis toujours mon instinct, et jusque là, ça a plutôt réussi. Aujourd’hui, j’essaye d’être pragmatique et je fais entièrement confiance à mon instinct pour me guider. On verra bien là où ça me mène !

 

  • MC: Alors, es-tu fier·fière de ton parcours pro ?

Je répondrais la même chose que la question sur la satisfaction personnelle, haha !

Marcy Charollois

Auteur Marcy Charollois

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