Le dev et le prototype.

“Il me faut un Dev pour faire un prototype”. Voilà ce que se répètent en se levant tous les matins des centaines d’entrepreneurs, chaque jour en France.

Nous prenons le temps d’examiner les projets de nos clients un par un. Parfois, nous allons faire une grosse heure de visio avec eux pour travailler le projet. Bien souvent, la conclusion est : “Vous ne devez pas faire de développements maintenant”. C’est surprenant, parce qu’on est censés vous vendre de la prestation, c’est notre métier. Là tout de suite, on vient de se plomber le pied. Mais on a de bonnes raisons de faire ça.

Un esprit sain dans un corps sain.

En fait, le code n’est qu’un outil : il est inerte. Ce sont les utilisateurs qui lui donnent vie. Ce sont les utilisateurs qui le mettent en action et qui lui donnent du sens. C’est pourquoi paradoxalement, un développeur devient fou quand son livrable n’est utilisé par personne. Quand une entreprise, met une boucle de feedback afin que les développeurs sachent ce que font les gens avec l’outil qu’ils ont développé, on constate un niveau de bonheur, de satisfaction et de motivation des développeurs complètement extraordinaire.

Alors, on regarde le projet dans son ensemble. Comment est-ce que le porteur de projet va faire de l’acquisition d’utilisateurs ? Est-ce que le porteur de projet a une démarche de validation ? Est-ce qu’il rencontre de la traction ? Quel est son rythme d’itération ?

Un porteur de projet, même s’il a de l’argent pour payer un prototype ou un MVP, cela ne veut pas dire que c’est le bon moment. S’il insiste on va y aller, mais on va bien lui expliquer que c’est une mauvaise idée.

En général, si tu dépenses 10K€ dans le développement de ton appli, il faudra en dépenser au moins autant pour acheter du trafic et avoir les installations. C’est pas en posant l’appli sur le store que ça suffira. Une installation d’appli ça coûte entre 3 et 20€. Il faut un budget pour pouvoir expérimenter, amorcer le phénomène.

Le prototype, une zone de confort ?

L’autre jour, une entrepreneuse m’a dit : “Je me focus sur le prototype parce que c’est ma zone de confort”. C’était vraiment une révélation pour moi. J’avais jamais vu ça comme ça. En fait c’est vrai. J’ai eu la chance de bosser avec de supers entrepreneurs qui avaient pour doctrine “over-promise, under-delivery”, à tel point que pour nous, les « techs », on avait la sensation que c’était un problème. Mais c’est comme ça qu’on met un projet en avant. Personne ne veut monter dans ton avion quand il est à l’aéroport. Tout le monde veut y monter une fois que t’es en vol. Alors on fait rouler la voiture sans les roues et on les met après.

Il semblerait que ce soit contre-intuitif. Mais à bien considérer les choses, en tant qu’entrepreneur, tu dois te poser toujours la question : “Laquelle des deux options est la plus facile ?”.

La facilité engendre la médiocrité — Sénèque.

Je dois aller voir un investisseur early stage. Je vais faire un proto avant, ça sera plus facile. Mauvaise idée.
Je dois faire l’acquisition d’early adopters. Je vais faire un prototype, comme ça j’ai un truc à leur montrer tout de suite. Mauvaise idée.
Je veux quitter mon job. Je vais faire faire un prototype avant. Mauvaise idée.
Faut que je lève des fonds. Ça sera plus simple que de construire un revenue stream. Mauvaise idée.

  • Qu’est ce qui te fait peur ?

Vendre et aller voir des investisseurs. Et pourtant c’est ce que tu dois faire. Vendre le plus vite possible. Même avant d’avoir un produit. Aller voir des investisseurs maintenant et pas demain.

Effectivement, une startup early stage ne devrait avoir qu’une seule chose en tête. Un Elevator Pitch pour un investisseur Early Stage. Si tu sais pas ce que c’est, va voir (en anglais) chez Vidar @blacktar Andersen :

 

 

Dans 99% des situations, tu n’as pas besoin d’un prototype pour cela. Tu peux démontrer de la traction autrement : “J’ai 2500 mails dans ma base Mailchimp de personnes intéressées par mon service. Donc, je leur envoie un mail mensuel pour leur donner des nouvelles, le taux d’ouverture est de 60%”. Il semblerait que ça, ce soit de la validation. C’est quelque-chose que tu veux mettre sur ton Deck et aujourd’hui, 100% de ton énergie ne doit consister qu’à faire des choses qui servent sur ton pitchdeck.

 

Alors pourquoi c’est pas le moment ?

Parce qu’en fait, le prototype ne te fera pas vraiment avancer. Si tu as trouvé des leviers d’acquisition d’utilisateurs, que tu les a testés et que ça fonctionne. Alors faire le prototype te permettra de valider quelque-chose avec eux. Et là, tu seras super content du boulot du développeur. On pourra itérer avec de vrais utilisateurs. Avancer vite. Incarner l’agilité. Pour nous, la satisfaction du client sera 100 fois meilleure.

 

N’hésitez pas à m’envoyer un email : [email protected]

Marcy Charollois

Auteur Marcy Charollois

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