Et si le premier virus informatique avait été créé… pour prouver qu’il était possible d’en créer un ?
Aujourd’hui, le mot « malware » évoque des cybercriminels en sweat à capuche, des demandes de rançon en Bitcoin et des infrastructures d’État paralysées.
Pourtant, à l’origine, il n’y avait aucune volonté malveillante. Pas de vol de données, pas de chantage. Juste une poignée de scientifiques brillants, un adolescent facétieux et beaucoup de curiosité.
1949 : Les bases théoriques de John von Neumann.
En 1949, le célèbre mathématicien John von Neumann pose une question cruciale dans son essai Theory and Organization of Complicated Automata : un programme informatique peut-il se reproduire seul, comme un organisme biologique ?
La réponse théorique est oui. La graine est plantée.
1971 : Creeper, le petit grand ancêtre.
Le voilà. Le véritable premier virus informatique de l’histoire de la tech s’appelle Creeper.
Son créateur ? Bob Thomas, ingénieur chez BBN Technologies. À l’époque, la société travaille sur ARPANET, l’ancêtre militaire et académique d’Internet. Bob veut tester une idée : un programme peut-il se déplacer d’un ordinateur à un autre sur un réseau ?
Il écrit Creeper. Le code s’infiltre dans les systèmes TENEX, saute de machine en machine, et affiche ce message provocateur :
« I’M THE CREEPER : CATCH ME IF YOU CAN »
Rien de cassé, pas de fichiers supprimés. Creeper se contentait de se copier puis de disparaître de la machine précédente. Pour contrer cette blague de geek, un autre ingénieur de génie, Ray Tomlinson (oui, l’inventeur de l’e-mail), crée Reaper. Sa seule mission ? Traquer Creeper et le supprimer. Le premier antivirus était né.
1974 : Rabbit, l’invasion rapide.
Quelques années plus tard, un clone anonyme baptisé Rabbit fait son apparition sur les systèmes UNIX. Pourquoi ce nom ? Parce qu’il se reproduit à une vitesse géométrique. Rabbit duplique son propre code si vite qu’il sature les ressources des machines. C’est, sans le vouloir, le tout premier déni de service (DoS) de l’histoire.
1982 : Le coup de génie d’un lycéen de 15 ans.
Jusqu’ici, les premiers virus informatiques restaient confinés dans des laboratoires ou des réseaux ultra-fermés. Elk Cloner change la donne. C’est le premier virus à se propager « dans la nature », sur des ordinateurs grand public : l’Apple II.
Son auteur est Rich Skrenta, un adolescent de 15 ans qui voulait faire une farce à ses amis. Le virus se propageait via le secteur de démarrage des disquettes de jeu. Toutes les 50 utilisations, l’écran s’éteignait pour afficher un poème humoristique :
« Elk Cloner : The program with a personality ; It will get on all your disks ; It will infiltrate your chips ; Yes, it’s Cloner ! »
La blague a échappé à son créateur : Elk Cloner a infecté des milliers de machines, devenant le premier virus à grande échelle.
Pour y voir plus clair dans cette préhistoire de la cybersécurité, résumons les forces en présence :
Le saviez-vous ?
C’est en 1983 que le terme scientifique « virus informatique » est officiellement conceptualisé par Fred Cohen dans sa thèse à l’Université de Californie du Sud. Il a calqué le mot sur la biologie pour décrire un code capable de modifier d’autres programmes pour y injecter une copie de lui-même.
Ce qui n’était qu’un jeu d’ingénieurs a fini par ouvrir la boîte de Pandore.
Face à la prolifération de ces « farces », le monde a dû poser des limites. En 1986, les États-Unis votent le Computer Fraud and Abuse Act (CFAA), suivi en France par la loi Godfrain en 1990. Désormais, s’introduire dans un système informatique est un délit. Les premières solutions commerciales comme McAfee (1987) voient le jour.
Le chaînon manquant entre la blague de lycéen et le piratage moderne arrive en 1988 avec le Morris Worm, le premier ver à paralyser 10 % de l’Internet de l’époque (6 000 machines).
Puis, les années passent et les enjeux financiers explosent :
Selon l’institut de référence AV-Test, un nouveau malware est détecté toutes les 4 secondes.
Pire, les rapports de Cybersecurity Ventures estiment le coût mondial de la cybercriminalité à plus de 10 500 milliards de dollars par an.
Étudier le premier virus informatique, ce n’est pas juste faire de l’archéologie pour geeks. Les mécanismes de propagation de Creeper ou d’Elk Cloner sont exactement les mêmes que ceux utilisés par les pirates modernes, seule la puissance de feu a changé.
À l’ère de l’Intelligence Artificielle (capable de générer du code malveillant polymorphe) et des objets connectés (IoT), la sécurité n’est plus une option. C’est une hygiène de vie numérique quotidienne : mises à jour, vigilance face au phishing et sauvegardes régulières.
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