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Une question simple « Où sont les développeuses ? » , une réponse complexe.

C’est la question que s’est posée Camille pendant 8 ans de carrière en tant que développeuse. Après avoir travaillé dans des équipes quasi 100% masculines, elle a décidé de passer à l’action : créer Où sont les développeuses ?, une plateforme pour les rendre visibles, les rassembler et inspirer les prochaines générations. Freelance, entrepreneuse et passionnée de tech, Camille a lancé son projet il y a à peine un mois et demi… et compte déjà 120 développeuses inscrites.

On a discuté avec elle de son parcours, de ses motivations, et de son ambition : faire bouger les lignes dans un milieu où les femmes ne représentent que 20% des effectifs.

Le déclic : “Je ne connaissais aucune développeuse”.

Camille, 8 ans de code et une réalité aussi frustrante qu’une fonction non documentée : “En 8 ans, j’ai bossé avec seulement deux développeuses… contre une vingtaine de développeurs. Un jour, on m’a demandé de recommander une dev, et je n’ai su quoi répondre. J’ai réalisé que je n’en connaissais presque aucune.”

Son parcours ? Un mélange d’agences, de start-up, de PME, et aujourd’hui de grands groupes en freelance. Mais c’est une expérience en particulier qui a tout déclenché : un bootcamp d’entrepreneuses, 100% féminin. Pour la première fois, elle discutait tech, projets et ambitions avec des femmes uniquement. “J’ai compris à quel point c’était nécessaire d’avoir des espaces où on est entre nous. Pas pour exclure les hommes, mais pour se sentir libre de parler sans filtre, sans peur d’être jugée ou ignorée.”

Résultat ? Où sont les développeuses ? était né.

 

La mission : visibilité, rassemblement, et modèles pour les futures devs.

Le site n’est pas “juste” un annuaire. C’est :

  • Un outil de visibilité : “Les développeuses existent, mais elles ne se rendent pas visibles. Pourtant, elles représentent 20% du marché, c’est énorme, mais on ne les voit pas !”
  • Un lieu de rassemblement : “En France, les devs femmes sont dispersées. Comment se rencontrer, échanger, s’entraider si on ne sait même pas qui est où ?”
  • Une vitrine pour les modèles : “Quand tu ne vois jamais de femmes speaker, de lead dev ou de CTO, tu te dis que c’est impossible. Moi, j’ai été inspirée par Sarah Drasner (ex-Microsoft, aujourd’hui chez Google) après l’avoir vue parler à la VueJS Amsterdam. Ça m’a ouvert les yeux : “Si elle le fait, pourquoi pas moi ?”.

Camille insiste : “On ne veut pas remplacer la mixité, on veut créer des microcosmes pour la renforcer. Parce que si tu ne te sens pas légitime dans une conf, si tu as peur de postuler dans une boîte, ou si tu ne sais même pas que d’autres devs femmes existent près de chez toi… comment avancer ?” 

Les microcosmes, c’est cool, mais ça peut enfermer. 

“Les microcosmes, c’est génial, mais ça peut aussi limiter les rencontres. Si tu restes seulement dans ta ville ou ton cercle, tu ne croisera pas toutes les développeuses qui pourraient t’inspirer. L’idée, c’est de créer un réseau national où une dev de Paris peut échanger avec une dev de Toulouse, sans avoir à passer par des conférences ou des événements qui font parfois peur. Parce que oui, beaucoup de développeuses ont la trouille de se lancer dans des meetups ou des confs… alors qu’elles ont tellement à apporter.”

Le site en pratique : Bugs, quiz, et entreprises inclusives.

Lancé en décembre 2025, le site a déjà séduit 120 développeuses. Mais comment ça marche ?

Les features qui marchent (et celles qui surprennent).

  • Le quiz “Quel type de développeuse es-tu ?” : Inspiré des 16 personnalités, il aide les utilisatrices à se découvrir… et les redirige vers la communauté. “Même des mecs l’ont fait et m’ont envoyé leurs résultats en screen !”.
  • La section “Entreprises” : Un annuaire d’entreprises avec un minimum de mixité (30-40% de femmes en tech). “L’idée ? Que les devs puissent cibler des boîtes où elles auront plus de chances de s’épanouir.” Camille vérifie elle-même les infos via LinkedIn et des appels directs. “Si une dev signale qu’une entreprise n’est pas inclusive, on la retire. La transparence, c’est clé.”
  • Les ressources : Formations, podcasts, conférences… “Je ne veux pas réinventer la roue. Des communautés comme Ladies Of Code ou Duchess France font déjà un boulot de ouf. Moi, je redirige vers elles et j’ajoute des liens utiles.”

Les bugs ? “Juste des petits trucs… pour l’instant”.

Pas de crash majeur à l’horizon, mais des retours utilisateurs qui font avancer le projet : “Une dev m’a dit qu’elle n’arrivait pas à rentrer son URL LinkedIn. On a débuggé ensemble en direct via MP. C’est ça, l’avantage d’être en early stage : tout est encore malléable !”

Le feedback qui a fait tilt : “Pourquoi une plateforme juste pour les femmes ?”

Un retour négatif ? “Une développeuse m’a demandé pourquoi distinguer les femmes des hommes. Elle ne voyait pas l’intérêt.” Camille a d’abord été surprise, puis a réalisé : “J’ai eu la même réflexion qu’elle il y a quelques années. Quand tout va bien dans ton parcours, tu ne vois pas l’utilité de ces espaces. Mais si tu galères, si tu te sens isolée… là, tu comprends.”

Sa réponse ? “On ne veut pas remplacer la mixité. On veut créer des espaces safe pour que les femmes osent ensuite prendre leur place dans des équipes mixtes. Parce qu’aujourd’hui, dans beaucoup d’équipes tech, la mixité, c’est souvent… une développeuse pour dix développeurs. Et encore, c’est si on a de la chance. Le problème, c’est qu’on ne voit presque jamais de femmes dans les rôles techniques les plus visibles : speakers, leads, ou CTO. Alors qu’elles existent !”

L’inclusion en IT : “En France, c’est lent. Très lent.”

Camille compare :

  • En France : “Je ne connais presque aucune speakeuse française. Les modèles, on les cherche à l’étranger (Sarah Drasner, Laura Durieux…). Pourtant, il y a des devs femmes incroyables ici ! Mais elles ne se mettent pas en avant.”
  • À l’international : “À la VueJS Amsterdam, j’ai vu des femmes speakers de partout… sauf de France. Pourquoi ? Parce qu’ici, on a encore peur de prendre la parole, de se dire légitime.”

Son analyse ? “Les mouvements pour l’inclusion, c’est bien. Mais ça avance à la vitesse d’un git pull sur une connexion 56K. Il faut accélérer. Et pour ça, il faut des modèles, des espaces, et surtout… que les femmes osent.”

Le futur : Open source, contributions, et appel aux alliées.

Camille a un souhait : “Que des développeuses rejoignent le projet en open source. Le code est sur GitHub, tout est ouvert. J’attends juste que quelqu’un se dise : “Ce projet, je veux en faire partie”.

💡 “Le code du site est 100% open source. Pourquoi ? Parce que Camille veut que d’autres développeuses puissent contribuer, proposer des améliorations, ou même fork le projet pour l’adapter à leurs besoins. “Si une dev a une idée ou veut ajouter une feature, qu’elle n’hésite pas ! Le repo est là pour ça”, explique-t-elle. Un appel clair à la communauté pour co-construire l’outil.”

“Un projet comme ça, ça ne se fait pas seul. Il faut des alliées, des idées, des forces différentes. Parce que moi, je ne peux pas tout voir. Mais à plusieurs, on peut construire quelque chose de vraiment utile.”

Ses conseils pour les devs, et les recruteurs.

  • Côté devs :
    • “Allez en conférence, même si vous avez peur. C’est là que j’ai rencontré une dev avec qui je suis toujours en contact aujourd’hui.”
    • “Travaillez en équipe. C’est comme ça qu’on progresse le plus. Et si l’équipe ne vous convient pas… réfléchissez-y un peu plus. La tech, c’est aussi une question d’humain.”
    • “Lisez Engineering Management for the Rest of Us de Sarah Drasner. Ça parle de gestion d’équipe, de différences de personnalité… et c’est ultra utile, même si vous n’êtes pas manager.”
  • Côté recruteurs :
    • “Laissez les candidats rencontrer leur future équipe avant de signer. Parce que si l’humain ne passe pas, le projet ne passera pas non plus.”

Et après ?

Camille prépare la suite : “Je discute avec les 120 devs inscrites pour comprendre leurs besoins. Ensuite, on développera les features qui répondent à ces besoins.” La mission d’Où sont les développeuses reste avant tout d’offrir cet espace pour coller au maximum avec les besoins des développeuses.

🔗 Liens utiles :

On a aussi rencontré Helvira de Motiv’Her, une communauté qui aide à l’empowerment des femmes dans la tech, l’interview est disponible 👉ici👈.

Marie Ben Soltan

Auteur Marie Ben Soltan

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