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C’est la fête du travail, et tout twitter ne parle que de Chicago. Et ce n’est pas parce que le 1er Mai fête les grèves de 1886 à Chicago. Non le sujet c’est Basecamp et leurs salariés qui partent tous d’un coup. On parle d’une entreprise de 60 personnes dont plus de 30 salariés prennent leur chèque et s’en vont.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’ai mis beaucoup de temps à tout lire, tout comprendre, et la source la plus complète pour l’instant reste l’article de Casey Newton « What really happened at Basecamp ? ». J’adore le style de rédaction reportage écrit New Yorkais : factuel, romancé et avec une opinion. Alors que les journalistes européens exposent les faits, ensuite leur interprétation et finissent avec une conclusion ou une opinion, ce qui est très cartésien.

Chez Basecamp, ils tenaient une liste des noms de clients qu’ils trouvent rigolo. Alors au début c’était principalement des jeux de mots, et puis ensuite on se moque des noms asiatiques ou des noms africains. Comme tout le monde a un peu trempé dedans, ça ne sortira pas. En tout cas on espère parce que sinon ça sera un problème. D’ailleurs si on en parle c’est que c’est sorti et que c’est un problème.

Mais le problème ne s’arrête pas là. Il y a une équipe qui s’est formée, avec une vingtaine de personnes pour améliorer la diversité chez Basecamp. Et a priori, c’était un intérêt stratégique pour les fondateurs. L’un d’entre eux avait même écrit une tribune décrivant une pièce avec 20 clients et 20 salariés, et il serait difficile de les distinguer. Parce que la bro-culture est très présente, et que la diversité des équipes se reflète sur la diversité de leurs clients. Il est donc intéressant commercialement d’améliorer la diversité des équipes.

Pas de politique chez Basecamp

Ce groupe de conversation a fait remonter un outil de réflexion appelé « Pyramide de la haine » proposé l’équivalent américain de la LICRA : la Anti-Deflamation League : « Fighting Antisemitism and Hate ».

Le document explique le phénomène d’escalade. Ceux qui passent à l’acte dans les attitudes racistes se sentent légitimés par ceux qui ne font qu’en parler. Et cela a contrarié les fondateurs, en particulier David Heinemeier Hansson (DHH).  Comme ils n’ont jamais clairement indiqué que cette liste de noms était inappropriée, ils sont donc responsables. Pour DHH, personne dans l’entreprise n’a commis de génocide et devrait être renvoyé pour ça. Son associé a donc banni les conversations politiques dans l’entreprise, et en particulier le fait d’utiliser cette pyramide de la haine dans les conversations.

De l’usage du titre de Fondateur / Founder

J’utilise beaucoup ce titre aussi. Parce que j’en admets le sens que lui ont donné les fondateurs d’Airbnb. Ils ont embauché très tôt un CEO, parce qu’ils ne sont pas des gestionnaires d’entreprise. Ils veulent se libérer de cette fonction, pour faire des choses plus en amont, plus en avant. Et aussi parce que leur entreprise, leurs salariés, leurs clients méritent le meilleur des CEOs. En ce qui me concerne, l’utiliser me permet de me rappeler que je ne suis pas le meilleur CEO, je n’en suis pas un. On fait de l’intérim depuis 5 ans 😀

Mais la façon dont Jason Fried et David Heinemeier Hansson (DHH) l’utilisent signifie autre chose. Ils sont chez eux. L’entreprise leur appartient et c’est un droit inaliénable. Quand ils interdisent les conversations politiques dans l’entreprise, ils interdisent surtout aux personnes qui ne pensent pas comme eux de s’exprimer. Parce qu’eux, ils s’expriment beaucoup publiquement. Ils ont écrit des livres, ils sont connus pour être engagés. Ils ont mis à disposition les locaux de l’entreprise pour un candidat aux élections de Chicago. Bref, ils ne sont pas apolitiques, et eux, ils ont encore le droit de parler de politique. L’interdiction ne concerne que leurs salariés doivent retourner bosser en silence.

Coinbase a félicité le mouvement de Basecamp « another mission-based company ». Parce qu’un bon salarié, il bosse pour la North Star Metric et il met ses émotions de côtés pour ces gens-là. En fait, dans une entreprise de 60 personnes principalement avec des hommes blancs, interdire de parler de politique, c’est confirmer que l’opinion du groupe dominant, les hommes blancs et le plus important.

Ça ne devrait pas être un problème de parler de politique

Il y a deux sujets : la bienveillance et le consentement.

Avoir des règles communes sur les endroits où il est approprié de parler de politique c’est du bon sens. Avoir des règles claires sur ce qui est acceptable où non c’est une bonne idée. Parce que celui qui rentre dans la « pièce » ou dans l’endroit a consenti à avoir la conversation. Par contre, ça ne devrait pas être le patron qui les fixe de manière descendante 😃

Par exemple, je pense que chez nous, mettre un gif de Mélenchon dans une PR c’est inapproprié. Appeler à voter pour un candidat à la mairie sur le chan « /general », c’est inapproprié. Par contre, si vous voulez qu’on discute des différents programmes des candidats autour d’un sandwich ou au bistrot, c’est cool. Et je vous dirais quel est le programme qui me plaît le plus et pourquoi. On a des voisins qui reçoivent Yannick Jadot et vont déjeuner avec lui, l’équipe du politicien fait des photos avec les salariés et les partage sur twitter. Ça n’arriverait pas chez nous mais ça arriverait chez eux. Je connais une boîte où c’est OK d’avoir un tatouage ACAB. D’ailleurs si vous les connaissez, ils ont pris un virage à droite et ont réduit de 50% le nombre de ces tatouages.

Bref, établissez des règles ensemble pour que cette conversation soit bien consentie.

Et le second sujet c’est la bienveillance. Si vous avez peur d’exprimer vos opinons c’est un souci. Si vous n’êtes pas confortable avec le fait d’entendre que vos collègues ont des opinions différentes des vôtres c’est un souci aussi. C’est d’ailleurs quelque chose qui ressort dans les témoignages chez Basecamp : « Il y a toujours eu une règle implicite chez Basecamp. L’entreprise existe pour le plaisir des deux fondateurs. Et en bout de compte, ils ne veulent pas voir dans leur vie pro des choses avec lesquelles ils ne sont pas à l’aise où qui ne vont pas dans le sens de ce qui les intéressent. Et cette tension vient d’arriver au point culminant ».

Prenez soin de vous.
Damien

Damien Cavaillès

Auteur Damien Cavaillès

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Rejoindre la conversation 2 Comments

  • Léon Boit dit :

    « Il y a toujours eu une règle non-écrite chez Basecamp. L’entreprise existe pour le plaisir des deux fondateurs. Et en bout de compte, ils ne veulent pas voir dans leur vie pro des choses avec lesquelles ils ne sont pas à l’aise où qui ne vont pas dans le sens de ce qui les intéressent. Et cette tension vient d’arriver au point culminant ».

    Ok, ben du coup ça peut s’appliquer à Google, Twitter, AWS non ?
    Essayes d’être Républicain dans la Silicon Valley ou même de parler de politique quand t’es pas pro-Biden ou Sanders là-bas. Intéresses-toi aux gens qui ont été virés de ces boites parce que la politiques en question était un problème. Mais bon ça va toujours dans un seul et même sens.

    La faute de Basecamp c’est d’avoir essayer de se voir comme une entreprise un peu ouverte avec des employés plus woke que ses patrons.

    « En fait, dans une entreprise de 60 personnes principalement avec des hommes blancs, interdire de parler de politique, c’est confirmer que l’opinion du groupe dominant, les hommes blancs et le plus important. »
    Les salariés de chez basecamp sont payés 200k à l’année en moyenne et la plupart ne vivent plus dans la Valley, avec ce salaire et les credentials qu’ils ont, ils sont pas contents ils se cassent et montent leurs entreprises avec que des gens qui pensent comme eux (et c’est ce qu’ils font d’ailleurs). Ce ne sont pas des ouvriers dans la Creuse ni des gens précaires. Aucune raison de plaindre ces gens là.

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